Séquence 11 - Réification de la société humaine

(4,2-5,8 km du centre-ville)

Dans la séquence qui suit, la porosité entre le Railway Path et la ville s’accroît. Les connexions aux rues sont plus nombreuses et les barrières qui délimitent et protègent le chemin sont davantage jardinées. Alors que l’on traverse un décor de zone commerciale typique des entrées de ville, on sent que la voie ferrée a changé de statut. Né de la volonté de connecter un ensemble de points ciblés, les chemins de fer sont destinés à n’impacter que les localités environnant les gares. Le tracé est toujours pragmatique, il suit une logique économique pour permettre le trajet le plus court, mais garantissant en tout point un rayon de giration suffisant pour assurer la bonne circulation des trains. Au-delà des zones proches des stations, le chemin de fer s’intègre au mieux de manière anecdotique, au pire s’impose comme une nuisance. L’observation de la topographie souligne ce constat de déconnexion entre l’aménagement micro-urbain du quartier, et la planification macro-urbaine du territoire.

En effet, le Railway Path est sur une majeure partie du tracé un élément accidentel dans le champ urbain. Ici, ce statut change exceptionnellement, la piste cyclable est au niveau de la route, les deux ne sont séparés que de quelques mètres par un massif planté, couronné d’un alignement d’arbre. Le mobilier et les accès sont nombreux, le lieu prend les allures d’une gare des mobilités douces, véritable porte contemporaine de la ville. Il ne s’agit plus d’un espace fortuit mais d’un pôle structurant et attractif.

L’omniprésence de l’actualité caractérise aussi l’urbanité : les graffitis à l’éloge des mouvements Black Lives Matter ou autres réifient le dynamisme et l’engagement des habitants de Bristol, sur les surfaces de murs.

Un peu loin, le Railway Path se déconnecte de son environnement et poursuit son propre chemin à travers le tissu bâti, mais les points de contact avec les rues de la ville sont désormais plus fréquents. Le paysage se dégage parfois et certaines vues permettent, pour la première fois, d’apercevoir le centre-ville. Les densités et diversités d’usage, grandissantes, atteignent leur paroxysme lorsque l’on rencontre the Cycle Path Gallery. Cette initiative associative d’incitation à l’appropriation libre de la ville anime un pan de mur anodin pour y refléter l’art local. Une autre forme de réification de la société humaine sur l’habitat. Le principe est gai, mais les conditions d’exposition rendent impossible la bonne conservation des toiles, et le mur prend un aspect quelque peu abandonné.

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